Je suis souvent étonné par le peu d’intérêt porté à la musique au cinéma. Pour « Alice », malgré l’attention que j’y ai porté, il n’y eut pas d’exception à la règle, et j’eus très peu de retour sur la musique. Aussi me suis je permis une brève analyse pour éclairer ma démarche sur la page d’ « Alice » de ce blog : La musique d’Alice
J’ai déjà beaucoup réfléchi à la musique de « Camille, ou les Sentiments ». Comme pour « Alice », je n’utiliserai pas de musique originale. Pour moi, le choix de la musique pour une séquence est aussi important que le découpage des plans qui la composent, aussi je me vois mal laisser à quelqu’un d’autre la responsabilité de la composition musicale. Il ne faut y voir aucune prétention, mais plutôt une conception assez particulière de la place de la musique dans les films.
« Camille, ou les Sentiments » peut être vu comme un film sur l’obsession amoureuse d’un personnage mélomane. Bien sûr, cet intérêt pour la musique est loin de le définir à part entière. Maxime est aussi quelqu’un de très rationnel, qui veut plier ses passions à la raison. Aussi, quand il est à nouveau fortement ébranlé par l’amour qu’il porte à Camille, il a cette idée qui peut paraître complètement saugrenue qui consiste à écouter les 104 symphonies de Haydn, de préférence dans l’ordre, de la première à la 104ème donc, en se disant que quand il en arrivera à écouter la dernière, la crise ouverte par sa rechute passionnelle sera terminée.
Certains pourraient penser qu’une telle démarche illustrerait moins une forme de rationalité qu’un état nécessitant un internement psychiatrique. Je ne suis pas de cet avis. Maxime a simplement un rapport très fort avec la musique « dite » classique, en l’occurrence classique tout court dans le cas de Haydn. On en a eu un aperçu lors du dîner et du quiz musical qu’il avait organisé dans « Alice, ou les Désirs », se terminant justement par la 99ème, qu’on retrouve au générique de fin. A propos, qu’est ce que j’ai pu entendre sur cette séquence : « élitiste » « bourgeois » « grand n’importe quoi ! » Si Maxime avait organisé un quiz sur de la musique rock ou pop, rien de tout cela assurément ! On a hélas tendance à mépriser ce qu’on ne comprend pas. Le rapport de Maxime à la musique dite classique est une dimension essentielle du personnage et un axe fort de la Trilogie.
J’ai donc pensé à utiliser des thèmes issus des symphonies de Haydn en leitmotivs (c.f. « La Musique d’Alice ») pour le film « Camille ». D’une part le classicisme de Haydn apporte un contrepoint au romantisme des situations et crée un décalage, d’autre part ce choix renvoie à l’aspect obsessionnel de la passion de Maxime.
Cela me donne d’ailleurs une idée : je vais dès ce jour écouter la première symphonie de Haydn, en me disant que je mettrai la 104ème sur mon i-pod en allant à la première de « Camille, ou les Sentiments » !
